Compositeur de génie pour certains, DJ médiocre pour d’autres, Dominik Eulberg n’est certainement pas un DJ comme les autres… Avec des mix laissant parfois le spectateur perplexe en raison de leur manque de fluidité, il produit une œuvre musicale qui ne laisse pas de place à un esprit critique et froid tant sa musique émeut et transporte par-delà la raison. L’artiste que je vais vous présenter est un personnage haut en couleurs et unique dans la scène électro ; un personnage à part entière et sûrement le seul à être à la fois biologiste, ornithologue et bien sûr DJ.

Dominik Eulberg est né à Westerwald une région rurale de l’Allemagne, bien loin de l’effervescence Berlinoise. Plutôt que d’aspirer à la quitter, dès sa jeunesse il arpente les forêts de sa région natale avec dévotion. Lui qui affirme ne pas s’être intéressé à la musique avant de découvrir les musiques électroniques, était fasciné par la nature, « sa beauté, ses rythmes et cycles et comment tout flotte, et le fait qu’à tout moment il peut se produire quelque chose d’inattendu ».  (Interview Clubxtrem 2005). Les sons électroniques lui ont permis de se créer un nouvel univers auditif, fortement inspiré de la nature et possédant une musicalité incomparable.

Son premier album, Fauna & Flora, sort en 2004 sur le label Traumschallplatten et met en avant ses talents de producteur. L’album est construit autour de dix tracks qui sont chacune une ode à un animal ou une plante découvert dans sa forêt natale.

Le résultat de cette alchimie étrange mais sublime de musique électronique et de nature donne naissance à un album posant les bases de l’identité musicale de Dominik Eulberg : une techno minimale bien rodée avec des envolées musicales bucoliques. L’effet sur l’auditeur est immédiat et le transporte dans un univers calme, onirique et beau.

Sur son deuxième album, Heimische Gefildete (2007 Traum), le génial garde-chasse confirme son attachement à la nature en nous livrant une seconde déclaration d’amour.

Cet album est unique de par son caractère novateur. Entre deux sons technos, nous avons le droit à des intermèdes de l’artiste s’enregistrant au milieu de sa forêt pour nous présenter un oiseau dont le cri servira de leitmotiv pour la track suivante.

Ces deux albums vont lui permettre d’écumer les boites européennes et même japonaises. Néanmoins, il reste un artiste qui préfère l’ombre aux projecteurs et qui affectionne les environnements intimistes. Ainsi, il tourne le plus souvent en Europe, dans les pays autour de l’Allemagne, et reste le plus clair du temps dans l’environnement d’où il tire sa source d’inspiration. La musique fait partie de son équilibre vital mais ne passe pas avant le reste. Son album Diorama (2011 Traum), le dernier en date, met en lumière une recherche perpétuelle de la mélodie. Ainsi, ma track favorite de cet album, Wenn es Perlen Regnet, nous emmène dans l’univers de l’artiste, très introspectif et très réaliste à la fois. N’entendez-vous pas les perles d’eau ruisseler autour de vous ?

A l’image de ses productions, ses sets sont assez aériens même si plus électro. Les sons qu’il choisit sont toujours cohérents et il arrive à nous emmener dans son univers, bien qu’en passant très peu de ses propres sons, tout au plus ses remixes d’artistes qu’il apprécie. Le résultat est bon et nous fait oublier ses lacunes techniques. Néanmoins, sa musique se savoure aussi bien voir de meilleure façon, dans un environnement plus intimiste qu’une boîte…

La musique de Dom (on est très proche lui et moi) est essentiellement une invitation au voyage dans l’univers sonore de l’artiste et dévoile toute la richesse de la musique électro. Vous l’écoutez pour vous faire caresser les tympans et vous vous retrouvez transporté, dans une petite forêt près de Westerwald, bercé par le chant des oiseaux, un verre de vin rouge dans la main gauche et une cigarette dans la main droite…